Des produits laitiers non certifiés en circulation au Cameroun

Les aliments lactés vendus sur le marché ne sont pas reconnus par l’Anor.

Agriculture: la tomate en conserve, chasse gardée de l’importation au Cameroun

Depuis la fermeture de la Société des conserveries alimentaires du Noun, le Cameroun est dépendant de l’importation. Pourtant le pays dispose d’un potentiel de production de tomate qui n’est pas exploité.

Collecte de déchets plastiques: entre désir de conformité et obstacles au processus

Plusieurs acteurs de la gestion des déchets au Cameroun ont encore du mal à s’acquitter du permis environnemental de plus de 10 millions de FCFA exigé par le gouvernement pour exercer cette activité.

Découverte: trois étudiants inventent la machine à éplucher les pommes

Ils envisagent mettre en place un modèle destiné aux ménages.

Hydrocarbures : Les vraies raisons de l’augmentation des prix au Cameroun

La production de la Sonara est devenue insuffisante pour satisfaire la demande nationale, et l’entreprise ne dispose plus d’une trésorerie solide.

Affichage des articles dont le libellé est Maetur.. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Maetur.. Afficher tous les articles

5 mai 2014

Aménagement urbain: Où sont passées les indemnisations de la zone Nylon ?

Dans les années 1980, un vaste projet d’aménagement et de viabilisation de la zone de Nylon à Douala est entrepris par le gouvernement avec le soutien de partenaires étrangers comme la Banque mondiale et la Coopération suisse. Pour cela, plus de 500 familles furent délogées. Simultanément, de l’argent et de l’espace furent mis à disposition pour les dédommager et les recaser ; avec pour chefs d’orchestre la Maetur et le Crédit foncier du Cameroun. Mais, 30 ans après, la plupart d’entre elles n’ont été ni dédommagées, ni recasées. Au grand regret des bailleurs de fonds et des déguerpis dont les survivants vivotent aujourd’hui après avoir perdu tous leur biens…
Une enquête de Christelle Kouetcha

Un projet inachevé, 30 ans après
Piloté par la Maetur, l’aménagement de la zone Nylon à Douala a été à l’origine de plusieurs cas d’accaparements de terres.
 Prévu pour s’étendre sur 13 ans (1984-1997), le projet de restructuration de la zone Nylon, situé dans la ville de Douala, n’a finalement duré que 9 ans. La Mission d’aménagement et d’équipements des terrains urbains et ruraux (Maetur), chargée d’exécuter le projet y a mis un terme en 1993. Les raisons officielles de cet arrêt n’ont jamais été données par le gouvernement. Et la demande d’information adressée à cette entreprise le 10 octobre dernier est restée sans réponse.
Initiée par le gouvernement, la restructuration de la zone Nylon s’inscrivait dans le cadre du projet de développement urbain (PDU), engagé par l’Etat pour assainir les quartiers insalubres et précaires. Pour réaliser ces travaux, la Maetur avait procédé à une expulsion « forcée » de près de 502 familles. A celles-ci, le gouvernement, via la Maetur, avait promis des indemnisations. Mais, « jusqu’à ce jour nous n’avons encore rien perçu », confient les victimes. A en croire, l’Organisation dénommée Promotion sociale et formation de l’enfance en difficulté (Prosofor), qui défend les droits des victimes de Nylon, les populations « n’avaient jamais été intégrées dans la mise en œuvre de ce projet. L’Etat nous a donné l’impression qu’on sacrifie la quiétude des populations sur l’autel de l’embellissement de la ville », souligne l’association. 
Financé par la Banque Mondiale, à hauteur de 22 milliards de FCFA, le projet prévoyait la restructuration de 13 quartiers. Il s’agit notamment des quartiers Nkolmitang, Nylon, Tergal, lieu-dit CCC, Madagascar, Oyack II, Oyack III, Bonaloka, Soboum, Dibom I, Dibom II, Bilonguè et Brazzaville. Mais, de tous ces quartiers, « il n’y a que le quartier Brazzaville qui avait vraiment suivi les plans qui avaient été fixés par le gouvernement », confie un cadre de la Maetur. L'on a par exemple appris que la Maetur avait aménagé 20 000 parcelles, des réseaux d’eau et d’électricité ont été installés, des voiries primaires et secondaires ont été ouvertes, « en moyenne 60% de drains ont été réalisés », précise une source interne à l’agence de la Maetur de Nylon. A en croire cette source, des ouvertures d’emprise de voirie et des bornages parcellaires avaient été enclenchés dans huit autres zones ; « mais notre structure n’était pas allée plus loin », indique ce cadre.« Pourtant, il était prévu dans le programme de financer ces autres zones par la récupération des coûts réalisés sur la première zone financée », précise une source à la Maetur.
La route des quartiers avaient été réfectionnée. Et, des équipements collectifs à l’exemple du marché Madagascar (1 500 boutiques), de l’hôpital Tergal… ont été construits. Malgré cela, « quelques années » plus tard ces infrastructures se sont dégradées. Les nids de poules sont d’ailleurs visibles sur les routes des différents quartiers. La broussaille qui a envahi certains endroits est devenue la cachette des bandits. Les emprises publiques ont été envahies. « Pour assurer la maintenance de ces infrastructures, il était prévu dans le projet un volet intitulé "action d’appui" qui comportait le redressement de la caisse populaire de Nylon et le développement de l’épargne. Mais, cela n’a pas pu être réalisé », confie un cadre de la Maetur. En plus, les infrastructures « étaient hors de prix » pour les victimes qui estimaient le coût de la parcelle fixé à 1,5 million de FCFA à l’époque « énorme par rapport à la politique initiale d’assainissement des quartiers insalubres »
Christelle Kouétcha


Aménagement de la zone Nylon: Les bailleurs de fonds mettent le gouvernement dos au mur

La Banque mondiale et la Coopération suisse se refusent d’endosser les conséquences sociales perpétrées dans ce projet dont ils ont bouclé le financement.
La zone Nylon à Douala-Cameroun
C’est à travers des correspondances adressées aux victimes que la Banque Mondiale (BM), la coopération suisse et le gouvernement français, dégagent formellement leurs « responsabilités » sur les éventuels problèmes sociaux qui ont été perpétrés au cours du projet de restructuration de la zone Nylon à Douala. Directeur des opérations pour le Cameroun et l’Afrique à la BM, Ali Khadr, s’adressant aux victimes dans une lettre datée du 27 Août 2006, signifie clairement que la Banque Mondiale ne « peut exercer aucune responsabilité fiduciaire pour le projet nylon qui a été fermé en juin 1988 au niveau de notre institution », précise ce cadre. D’ailleurs, Le reporter a appris dans la lettre que le bailleur de fonds du projet de Nylon a « constamment demandé aux autorités compétentes camerounaises de traiter les questions de la réinstallation de la zone nylon ». Mais, jusqu’à ce jour, rien n’a été fait. Ce « silence » du gouvernement, a d’ailleurs conditionné la Banque mondiale à annuler le financement du prolongement du projet d’aménagement qui devait être engagé après celui de Nylon, apprend-on dans ladite correspondance.
La lettre de la Banque mondiale avait été mise en ampliation au ministre de l’Urbanisme et de l’habitat en poste cette année-là. Clobert Tchatat, n’avait jamais répondu ni à la banque mondiale, ni aux victimes de l’expulsion forcée, apprend-on
Après la BM, la coopération suisse, dans une lettre adressée aux déguerpis le 27 Août 2007, a « déploré les déboires des familles déguerpies ». Walter Fust, alors directeur du Développement et de la coopération dans cette institution, précise que « la Suisse a pleinement respecté ses engagements. Et les manquements dans les engagements pris par la partie camerounaise lui incombe exclusivement », indique-t-il.
D’après Micheline Calmy Rey, conseillère fédérale de la coopération suisse en 2009, l’appui de la Suisse a été réalisé à partir de la conversion de deux prêts consentis par la Suisse au gouvernement du Cameroun, en une contribution non remboursable. L’engagement de cette contribution était conditionné par « la réalisation d’actions communautaires, destinées à accompagner les mesures d’assainissement prévues », avait relevé la conseillère fédérale, non sans préciser que du côté de la Suisse le dossier du projet de Nylon a été définitivement clos en 2001. Et, « la suisse n’a plus de possibilité d’intervenir dans le dossier ».
Le reporter a appris que la clôture de ce dossier par la Suisse s’était accompagnée d’un fonds de réinvestissement mis entièrement sous la responsabilité du gouvernement camerounais. Le montant des fonds n’a pas été communiqué par Les autorités suisses. Rien n’a filtré non plus sur la manière dont le gouvernement a pu utiliser ce financement. Toutefois, les victimes ont été « déçues » de savoir que ni la BM, ni la coopération suisse « n’ont répondu favorablement à notre demande », regrette Vincent de Paul Fotso, membre de Prosofor. Il confie que les victimes envisagent de porter plainte contre le gouvernement camerounais. Mais, « les avocats nous demandent près de 21 millions de FCFA pour ouvrir le dossier », révèle-t-il. En attendant, la BM s’était tout de même engagée à « continuer à soulever la question avec les autorités ». Mais, pas de suite jusqu’à présent…
Christelle Kouétcha


Aménagement de la zone Nylon : Black-out à la Maetur sur les indemnisations

L'établissement n’a toujours pas reversé aux déguerpis de la zone nylon leurs frais de compensation. S’abstenant aussi de répondre aux questions du reporter.

Zone Nylon à  Douala-Cameroun
Elles sont plus de 502 familles qui sont toujours dans l’attente des indemnisations promises par l’Etat, depuis près de 30 ans. Leurs domiciles ou commerces avaient été détruits dans le projet d’aménagement de la zone de Nylon. L’organisation dénommée Promotion sociale et formation de l’enfance en difficulté (Prosofor), qui défend leurs droits, affirme que le gouvernement par le biais de la Maetur avait promis aux victimes « une redistribution gratuite des lots dans la zone de Ndogpassi III qui devait servir de recasement aux populations déguerpies de Nylon. A défaut, les bâtisses qui devaient être rénovées dans la zone de déguerpissement devaient être mises à la disposition des victimes », explique Jean Vincent Fotso, une des victimes.
Mais, le reporter a appris auprès des victimes que la Maetur avait exigé à chaque déguerpi de payer 4 500 FCFA à 10 000 FCFA le m2 pour avoir accès à un lot dans la zone de recasement. Une somme jugée « insignifiante » par les déguerpis. La plupart étant « issus des familles démunies », précise la Prosofor. Quelques victimes qui s’étaient engagées à verser une avance de la somme exigée, ont confié n’être jamais entrées en possession de leur terrain. « J’avais avancé 600 000 FCFA sur les 1,5 million qu’on me demandait. Ils m’ont donné un délai de trois mois pour terminer. Et quand, je suis revenu, la Maetur m’a fait comprendre  qu’il avait eu une meilleure offre », relate Adolphe Mbiamou, un des déguerpis. Il confie en plus que cette avance ne lui a jamais pas été restituée.
Le Crédit foncier du Cameroun (CFC), qui s’était engagé à mettre à la disposition des victimes un prêt acquéreur de 450 millions de FCFA, « n’avait pas honoré ses engagements ; car les prétendants n’étaient pas crédibles », soutient une source interne au CFC à Yaoundé. Ce prêt devait permettre aux déguerpis de construire des maisons sur le terrain aménagé, au lieu de percevoir l’indemnisation. D’après les victimes, plusieurs personnes n’avaient pas pris cette option du CFC. Car cet établissement n’accordait que 4 mois pour rembourser le prêt, sous peine de déchéance. Résultat des courses : aujourd’hui, sur le site de recasement, moins de 2% des déguerpis ont pu s’installer, apprend-on au Prosofor.
Non recasés par la Maetur, les victimes continuent de réclamer leurs indemnisations non perçue depuis maintenant 30 ans. Dans un décret du président de la République daté du 08 décembre 1987, Paul Biya porte à la connaissance des victimes qu’elles vont bénéficier d’indemnisations. Celles-ci étaient fixées à 1,4 million de FCFA pour chaque famille. Dans une correspondance du ministre des domaines et des affaires foncières adressée aux victimes en janvier 2011, le ministre Jean-Baptiste Beléoken, reconnait qu’une somme a été débloquée pour dédommager les victimes. Mais, il renvoie ces derniers au ministère des Finances (Minfi) et au CFC.
Directeur régional du CFC pour le Littoral, Onana Jozima soutient d’ailleurs que l’argent des indemnisations débloqué par le CFC avait été remis à la Maetur. « Nous étions juste l’agent payeur dans ce dossier. Et c’est la Maetur qui devait effectuer les paiements », précise-t-il. Toutefois, ce dernier ne donne pas le montant exact destiné à l’opération, prétextant que « les bases de données ne sont plus disponibles ». Saisi par correspondance pour comprendre le processus d’indemnisation des déguerpis, le directeur général de la Maetur, Louis Roger Manga n’a pas répondu. Le reporter a néanmoins appris qu’à l’époque des faits, ce dernier était le chef de la division de gestion des lotissements à l’Agence de restructuration et d’aménagement de Nylon (ARAN), structure alors mise en place par la Maetur pour piloter le projet.
Christelle Kouétcha



Aménagement de la zone Nylon : beaucoup de victimes de déguerpissement ne s’en sont jamais remis

Plusieurs d'entre elles sont mortes sans être dédommagées et certaines sont tombées dans la démence.
Jean Claude Takoukam, une des victimes
C’est avec les larmes aux yeux que Jean Claude Takoukam, déguerpis dans la zone Nylon, se rappelle de sa maison de 14 chambres détruites par des bulldozers en 1984. Son ex-domicile, situé juste derrière l’agence AES-Sonel à Brazzaville (Douala), avait été « accaparé par l’Etat » pour un « projet d’aménagement qui n’a pas été bénéfique pour nous », s’indigne le septuagénaire. Comme lui, plusieurs autres victimes du déguerpissement sont devenues des locataires « à vie ». Joseph Bassè a perdu sa maison de trois étages pendant les casses. Aujourd’hui, il loue dans une maison de deux pièces, avec ses cinq enfants. Quant à Jean Claude Takoukam, il est à sa cinquième maison de location dans le quartier Bilonguè. Il n’a jamais pu trouver assez d’argent à verser à la Maetur pour récupérer le terrain n°617 que la structure avait promis de lui céder. « Quand on a cassé notre maison, je n’étais plus concentré au lieu de service et l’on m’a renvoyé un mois plus tard. Depuis ce jour, j’ai été tour à tour pousseur, chargeur de voiture, vendeur de fruits et maintenant je me suis lancé dans la vente de bois pour subvenir aux besoins de ma famille », se lamente l’intéressé…
Dans un article du Bihebdomadaire Challenge, Paru le 12 juillet 1993, un article traitant des déguerpissements de Nylon, avait fait part de l’impact sur la santé de Marcelline Matewa. Celle-ci, était devenue malade mentale quelques jours après les casses. La voisine de la victime en 1984, Julienne Kengne, confirme d’ailleurs qu’à la vue du terrassement de sa maison de deux étages, Marcelline avait complètement perdu la tête. « Elle criait un peu partout. Même ses ustensiles, elle n’avait pas pu les sauver. Quand la police et la Maetur ont quitté les lieux ce soir-là, Marcelline est restée pendant des heures à regarder les débris de sa maison. Après, nous l’avons seulement retrouvée en train de marcher nue dans les environs », raconte-t-elle. Marcelline Matewa a été malade mentale pendant plus de 20 ans. Elle a rendu l’âme en 2011, apprend-on.
Elle n’a d’ailleurs pas été la seule dans ce cas. Elias Nouye, lui souffre de démence depuis plus de 30 ans. Gérôme Gnitedem, ancien habitant du quartier Brazzaville, confie que comme la plupart des victimes, ce dernier a passé des jours et des nuits devant les bureaux du gouverneur « dans l’espoir d’être entendu  ». Aujourd’hui, plus personne n’a ses nouvelles. Les victimes décédées, « il y en a plusieurs », révèle l’association dénommée Promotion social et formation de l’enfance en difficulté (Prosofor). Ceux-ci, ont rendu l’âme sans « avoir perçu ce qui leur revenait de droit », s’indigne, Robert Fokam, lui aussi victime.
D’autres sinistrés sont plongés dans la maladie depuis près de 30 ans. Le mari d’Elisabeth Talla, par exemple, a perdu la parole depuis les expulsions. « Quand on a cassé notre maison, mon mari s’est évanoui. Malgré les soins, il n’a plus dit mot depuis ce jour-là », se lamente-elle. Ce couple était propriétaire de près de 600 m² de terrains. « Nous avons versé l’argent aux autochtones. Ceux-ci, nous ont vendu le terrain à pratiquement 300 000 FCFA. Vous savez qu’à l’époque cette somme valait de l’orNous n’avons même pas récupéré un radis de nos investissements », regrette la sinistrée, non sans garder espoir que « le gouvernement comprendra enfin un jour nos doléances ».

Christelle Kouétcha