23 mars 2016

Agriculture: La difficile avancée des produits biologiques au Cameroun

Ce type de production tarde à être prise en compte dans la politique agricole et handicape son émergence.

Les bruits de moteurs ne cessent de se faire entendre au fur et à mesure que l’on se rapproche la société Biotropical au quartier Bonabéri à Douala. Il est 10 heures ce jeudi. Les employés de Jean Pierre Imele, directeur de Biotropical, sont au four et au moulin. Depuis 23 ans, cette entreprise s’est spécialisée dans l’agriculture Biologique. Un secteur d’activité qui pourtant a du mal à émerger au Cameroun. «  L’agriculture Biologique a encore du mal à décoller dans ce pays, pourtant il dispose d’un énorme potentiel », regrette J.P Imele. Malgré la dizaine d’agriculteurs qui essayent de tenir le coup, l’offre reste toujours faible.
Crédit Photo: http://www.afrique-demain.org/
J. Tetang, est spécialisé dans l’agriculture biologique depuis en moyenne dix ans, il explique que l’absence d’un cadre réglementaire concernant cette production biologique en particulier est un réel handicap pour les opérateurs qui évoluent dans ce secteur d’activité « il n’y a pas une politique sectorielle définie pour l’agriculture bio. Les promoteurs se démerdent avec le peu de financement qu’ils disposent. Il n’existe pas de cahier de charge bien défini », indique l’agriculteur. 

Ainsi, pour  la seule production d’ananas par exemple, certains cahiers de charge interdisent le TIF au carbure (cas de Bio Suisse) tandis certains Organismes certificateurs l’autorisent (cas de Ecocert).


Cette absence de structuration, paralyse le secteur de l’agriculture biologique et crée une cacophonie dans le secteur. D’ailleurs, il est très difficile au Cameroun de définir exactement ce que c’est qu’une bonne agriculture biologique


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Ainsi, on retrouve des agriculteurs qui respectent les cahiers de charge et d’autres qui produisent sans certification et déclarent sur le marché faire de l’agriculture biologique. « Le danger de cette agriculture biologique qui est passive est que l’agriculteur n’a pas la moindre possibilité de prouver que son fruit planté derrière son domicile n’a pas reçu de produits chimique de synthèse.  Les agriculteurs ne disposant pas assez d’information ».  

En 2009, Un projet de loi avait été élaboré par le Ministère de l’Agriculture et du Développement Rural, les opérateurs ont été associés à la réflexion. Mais, jusqu'à ce jour l’on attend encore la mise en application de ce projet de loi. Selon les agriculteurs de produits Bios ayant pris part à l’élaboration du projet de loi, cette loi n’avait pas été mise en application car les tous les acteurs n’avaient été intégrés notamment le ministère du commerce, les douanes, l’environnement… et du coup cela n’était pas assez équilibré.  La fiscalité est aussi un grand dam pour les producteurs. 

Le secteur agricole étant dépourvu de fiscalité, les coûts de production des produits bios augmentent considérablement. Le coût de production d’un kg d'ananas est passé de 170 Fcfa il y a deux ans, à en moyenne 300 Fcfa.

D’autres spécialistes de l’agriculture biologique soulèvent l’épineux problème de la formation des agriculteurs en produits biologiques. Aucun organisme de formation spécialisée, aucune structure étatique ne forme à ce jour les encadreurs techniques et encore moins les producteurs à la production biologique. 


« Il n’existe même pas un programme dans nos écoles de formation sur l’agriculture biologique. Ce qui fait que peu de personnes ont une notion quelconque dans le domaine », regrette Jean Pierre Imele ; directeur général de Biotropical. 

Il confie qu’à l’ouverture de son entreprise à Bonabéri, il a été contraint d’assurer la formation de plusieurs de ses cadres dans les institutions étrangères. Plusieurs ont été formés sur le tas. « C’est un très grand coût pour les producteurs qui ont de la peine à réunir les financements », confie- t-il, avant d’annoncer qu’une association pour l’agriculture biologique est entrain de se mettre en place pour faire du lobbying auprès des pouvoirs publics qui tardent encore a s’investir dans ce domaine.



Christelle Kouétcha 

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