Plusieurs
difficultés freinent encore le décollage définitif de cet accord signé entre le
Cameroun et l’UE.
Près de
quatre ans après la signature de l’APV-Flegt, son application n’a toujours pas
pris corps. Au Minfof, l’on apprend que les retards accusés, sont
principalement d’ordre technique. Le logiciel qui devrait permettre la
« traçabilité du bois camerounais » et le suivi national de
l’activité forestière, n’est toujours pas opérationnel. Dénommé, Système
informatisé de gestion des informations forestières (Sigif II), ce logiciel a
connu un échec du développement par le Consortium SGS-Helveta, situé à Oxford
en Angleterre. Et, c’est au mois de juillet 2013 que le gouvernement a engagé
sous fonds propre le développement dudit logiciel. « La procédure
actuelle est au niveau de la sélection d’un consultant qui aura un délai de six
mois pour son développement », relève Jean Avit Kongape, Ingénieur en
Chef des Eaux et Forêts au Minfof. Il faut relever que SGS-Helveta, chargé de
mettre sur le pied le système de traçabilité avait voulu «prendre en otage »
l’Etat du Cameroun en demandant a ce dernier « de payer les loyers car il
se présentait comme le propriétaire et gestionnaire du système de traçabilité,
alors que ledit système a été mis en place par SGS-Helveta sous un financement
de l’UE alloué au Cameroun sous forme de don, apprend-on auprès de Samuel
Assembe, chercheur au Centre international de recherche sur les forêts (Cifor).
Ce retard
technique, justifie d’après les responsables du Minfof, le retard pris dans le
processus de délivrance des autorisations Flegt. En effet, d’après la note
d’information de l’accord, c’est depuis 2012 que les premières autorisations
Flegt devraient voir le jour. Le retard accusé par le Cameroun réside aussi
« dans les procédures de délivrance de certaines attestations par des
administrations partenaires, notamment le ministère en charge de
l’Environnement et celui en charge des Travaux publics », indique Jean
Avit Kongape. Un état de chose qui, selon les acteurs de la société civile
s’explique par le fait que tous les ministères impliqués dans le processus ne
travaillent pas en synergie. Selon certains experts du secteur forestier, « sur
le terrain, on ne voit que le Minfof à l’œuvre, pourtant, plusieurs ministères
sont concernés», soutient un expert. En plus, il existe aussi un véritable
problème de sensibilisation du public et même du personnel des administrations
malgré les « quelques » forums déjà organisés, apprend-on. Rien qu’au
niveau de la délégation régionale du Minfof pour le Littoral par exemple, la
vingtaine d’agents rencontrés lundi 13 janvier, sont restés perplexes face à un
exploitant forestier venu avoir des informations sur l’APV Flegt. « Nous
ne savons pas de quoi vous parlez, allez voir au ministère peut-être ils
peuvent mieux vous expliquer », a lancé laconiquement l’un des agents
présent dans les bureaux du chef secteur forêt, absente. Le même constat est
fait à la délégation régionale du ministère en charge de la Protection de
l’environnement. Une situation « incommode », dans la mesure où la
mise en œuvre de l’APV Flegt, exige une sensibilisation de tous les acteurs y
compris les agents des administrations impliquées dans le processus.
D’ailleurs,
dans un rapport sur l’état d’avancement de l’APV en avril 2013, Salomon
Belinga, alors point focal de l’APV Flegt avait bien relevé que l’un des
obstacles à la mise en œuvre est le faible niveau d’appropriation du système
par les personnels du Minfof et l’insuffisance de sensibilisation du public.
Samuel Assembe, du Cifor, relève par ailleurs que l’autre obstacle à l’envol de
l’APV Flegt réside dans le fait que l’UE n’a pas encore tenu complètement ses
engagements notamment financiers, formation, équipement… Au sein de
l’Organisation non gouvernementale Centre pour l'éducation, la formation et
l'appui aux initiatives de développement au Cameroun (Cefaïd), le coordonateur,
Victor Amougou, estime que le processus de mise en œuvre actuel de l’APV Flegt,
ne prend pas en compte les populations autochtones, car « la loi de 1994 et le
draft de texte actuel de la nouvelle loi reste inadaptés aux aspects du
Flegt car « ne prend pas en compte les besoins des peuples autochtones,
pourtant obligatoire dans cet accord », relève-t-il. Cependant, au Minfof, l’on
rassure que la non application de l’APV Flegt « ne veut en rien signifier
que le bois exporté vers l’UE est illégal. Bref, le bois camerounais n'a aucun
problème de nos jours », tranche Charles Zedong, cadre au Minfof.
Christelle
Kouétcha
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